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Déc
06

Les anciennes îles de l’Ourthe, de Tilff à Esneux

Les anciennes îles de l’Ourthe,  de Tilff à Esneux

L’Ourthe était surnommée par les bateliers – les naiveux – « eau sauvage » ou « sâvadje èwe », par opposition aux eaux tranquilles  ou « keutes èwes » de la Meuse.

Le cours de l’Ourthe était en effet encombré d’îles et de rapides qui gênaient la navigation.

L’existence des anciennes îles est révélée par les archives, la toponymie et les cartes anciennes (Fig. 1), mais leurs dimensions restent difficiles à estimer.

Fig. 1. Carte de Ferraris édition 1796 montrant les îles 2, 3, 4, 8, 12, 15 de la liste

Certaines îles étaient suffisamment étendues pour qu’on y récolte du foin ; elles portaient souvent le nom de leur propriétaire ou de leur exploitant.

Elles arrivaient à se reformer même après avoir été partiellement emportées par les crues et les débâcles.

Au moyen âge, le cours de l’Ourthe n’a été dérangé que par quelques barrages sommaires ou « vennes », et son lit majeur a été déboisé pour gagner des prairies.

Les premières modifications notables du profil de l’Ourthe remontent à 1828-1831, lorsque la Société du Luxembourg a tenté de canaliser l’Ourthe pour joindre la Meuse à la Moselle, puis à la période   1846-1859, avec la construction de barrages pour soutenir le niveau du canal de Liège à Comblain-au-Pont.

Jusqu’en 1960, les travaux de dragage ont été rares, faute de moyens financiers et techniques. Mais à partir de 1960, l’usage de pelles excavatrices se généralise et on commence à « rectifier » le profil, les berges et certaines îles de l’Ourthe.

En remontant le cours de l’ Ourthe, on rencontrait successivement  (les îles portant un n° en gras existent toujours) :

1) L’île d’Oneux, en face de Colonster, probablement identique à  l’île dite « d’vant l’rotche », citée dès 1668.

2) L’île du Moulin, alias île de Hoensbrouck (du nom d’un propriétaire) citée dès

1371. (Fig. 2) Dans son bras  droit était installé un coup d’eau (bief) qui actionnait la roue d’un moulin à farine (1701), puis celle d’un laminoir (début 19ème siècle). Le bras  gauche fut toujours réservé à la navigation. Elle était proche d’un gué et d’une pêcherie. En 1831 la S du Luxembourg  avait presque achevé dans ses bras la construction de deux barrages et d’une écluse ; en 1843 on

Fig. 2. Installations hydrauliques autour de l’île du Moulin vers 1860. Plan Popp.

proposait d’utiliser les culées et piles de ces ouvrages pour soutenir un pont en bois.

3) L’île de Tchaw’rèsse,», en face de l’embouchure du ruisseau du même nom (1621).

4) L’île de Méry, ou  devant Méry ; une pêcherie, dite du Monceau, était installée dans son bras gauche.

5) L’île Bordeau ou Férard  avec sa pêcherie, citée dès 1555, proche de Crèvecoeur.

6) L’île aux Wands (ou Auwant) en aval de Hony, (1596), exploitée pour le foin  et voisine d’une pêcherie.

7) L’île de Miranhî, du nom du lieu-dit sur la rive gauche; elle servait de relais sur le gué aval de Fêchereux.

8) L’île de Féchereux  dite aussi l’Iote, citée en 1698 ; elle devait servir d’appui à une écluse et un barrage prévus par le projet hollandais. Elle a disparu probablement lors des travaux de construction du canal d’Angleur à Comblain terminés en 1859.

9) L’île Albert ou Albire, ou  Bourgeoise ou Meuron, entre Fêchereux et la Roche aux Faucons, citée en 1509, 1698, 1770.

10) L’île au Faucon ou de Ham, mentionnée  en 1547, 1595, 1770, devant la Roche aux Faucons.

11) L’île Andry ou « dessous Rosières », citée en 1549, en aval de l’île Houbaille.

12) L’île  Houbaille, du nom d’un propriétaire, citée en 1598, située « Devant Rosière » ou au lieu dit « le Castel ». Le projet de canalisation de l’Ourthe (1828-1831) l’utilise  comme appui d’un barrage et d’une écluse aménagée dans le bras droit. Elle fut détruite vers 1970.

13) L’Iote, en face du château seigneurial de La Tour (1700) située dans un  endroit particulièrement exposé à la violence du courant.

14) L’île ou « pré de l’île » déjà  citée en 1277.

Fig. 3. Le centre d’Esneux en 1706. L’Ourthe a coulé rue Sous-les-Roches .

En 1770, la rivière baignait encore le pied des Roches.

L’avenue de la Station est édifiée sur la rive droite de cette ancienne île (fig.3).

15) L’île de la Venne, au couchant d’Evieux (1589) ; la « venne » (barrage ) d’Evieux lui a laissé son nom  et elle a été exploitée comme pré, verger et oseraie. Les travaux  entrepris en 1828-1831 ont ébauché la construction d’un barrage dans son bras gauche et d’une écluse dans son bras droit.

16) L’île Malherbe (1537, 1628, 1698), formée au Sud d’Evieux par un  bief de l’Ourthe.

17) L’île Hisdon, (1572) du nom d’une famille, aussi  appelée « yslette devant Donneux », en face de  l’embouchure du ruisseau d’Oneux.

18) L’Ion (îlot) ou île dite du Lion, devant Poulseur ; elle appartenait autrefois à la terre d’Esneux.

Fig. 4. Localisation approximative des îles de l’Ourthe

Gênantes pour la navigation et accusées d’aggraver les crues, les îles de l’Ourthe ont cependant été longtemps  utiles à l’homme : certaines étaient exploitées pour le foin, l’osier ; des pêcheries ou des installations hydrauliques étaient souvent installées  dans leurs  bras.

A. Baltia

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    1 commentaire

    1. vitoux a dit :

      Monsieur Spineux,
      C’est avec beaucoup d’intérêt que je découvre les articles que vous éditez sur Générations rurales. Passionné de ce que fut la navigation sur l’Ourthe, j »ai trouvé sur Internet pas mal de cartes postales conçernant Esneux et sur l’écluse qui se trouvait à hauteur du Kursaal, des anciens ponts qui ne se trouvaient pas au même endroit que l’actuel. Par contre je ne trouve rien sur la manière dont on naviguait entre cette écluse et celle (toujours visible) de Rosières où je m »arrête chaque fois que j’y fais du vélo.
      Avez vous des infos sur ce sujet, cela me ferait plaisir.
      Bien à vous
      F. Vitoux, Aywaille

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